Une conversion réussie d'un carburateur Weber au Superéthanol E85 ne se limite pas au remplacement des gicleurs. Une fois la carburation adaptée, il faut également comprendre les particularités de fonctionnement propres à ce carburant.
Le E85 offre de nombreux avantages, notamment une excellente résistance au cliquetis et un potentiel intéressant pour les moteurs préparés. En revanche, certaines caractéristiques demandent une attention particulière, notamment lors des démarrages à froid et des périodes d'immobilisation prolongées.
Le démarrage à froid avec le E85
Le démarrage à froid constitue souvent la principale différence ressentie après une conversion au E85.
L'éthanol possède une volatilité plus faible que l'essence. À basse température, il s'évapore moins facilement, ce qui rend la formation du mélange air/carburant plus difficile au moment du démarrage.
C'est pourquoi un moteur fonctionnant exclusivement au E85 peut demander davantage d'enrichissement lors des premières secondes de fonctionnement.
Selon le véhicule et la configuration du carburateur Weber, il peut être nécessaire d'adapter :
- le réglage du starter ;
- le système de départ à froid ;
- le ralenti accéléré ;
- la procédure de démarrage.
Sur certains moteurs équipés d'un starter manuel, quelques actions supplémentaires peuvent être nécessaires :
- tirer davantage le starter lors du démarrage ;
- laisser monter le régime pendant quelques secondes ;
- réduire progressivement l'enrichissement lorsque le moteur chauffe.
Ce comportement est normal et ne signifie pas nécessairement que la carburation est mal réglée.
Pourquoi la composition du E85 varie selon la saison ?
Le Superéthanol vendu en station-service n'a pas toujours exactement la même composition.
Selon la période de l'année, il peut contenir une proportion variable d'essence afin d'améliorer :
- la volatilité du carburant ;
- les démarrages à basse température ;
- le fonctionnement hivernal.
En été, le carburant peut contenir une proportion d'éthanol plus élevée.
En hiver, la quantité d'essence est généralement augmentée afin de faciliter les démarrages.
Cette variation explique pourquoi un moteur parfaitement réglé au E85 peut parfois demander un léger ajustement saisonnier.
Peut-on utiliser occasionnellement du E85 avec un carburateur Weber non modifié ?
Dans certains cas, oui.
De nombreux moteurs à carburateur acceptent sans difficulté des mélanges contenant une proportion modérée de E85 mélangé à de l'essence.
Des mélanges de l'ordre de :
- 10 % ;
- 20 % ;
- parfois 30 % de E85,
peuvent généralement être utilisés sans modification importante, selon la richesse initiale du moteur.
Cette tolérance dépend toutefois de nombreux paramètres :
- réglage d'origine du carburateur ;
- état général du moteur ;
- température extérieure ;
- utilisation du véhicule.
En revanche, rouler au E85 pur avec un carburateur réglé pour fonctionner au SP95 ou au SP98 n'est généralement pas recommandé.
Le mélange devient trop pauvre, en particulier à forte charge.
Les risques d'un fonctionnement trop pauvre au E85
Un mélange trop pauvre peut provoquer :
- une perte de puissance ;
- des températures de combustion plus élevées ;
- une surchauffe des soupapes d'échappement ;
- des retours de flamme dans l'admission ;
- une dégradation des performances ;
- dans les cas extrêmes, des dommages mécaniques.
Le risque est particulièrement important sur les moteurs anciens ou fortement sollicités, car ils ne disposent généralement pas des marges de sécurité des moteurs modernes.
Une mesure AFR permet de confirmer rapidement si le réglage est adapté.
Le E85 sur un moteur préparé
Le Superéthanol E85 présente un intérêt particulier pour les moteurs sportifs ou préparés.
Son indice d'octane élevé, généralement supérieur à celui de l'essence classique, permet d'augmenter la résistance à la détonation.
Cela peut permettre :
- d'augmenter le taux de compression ;
- d'utiliser davantage d'avance à l'allumage ;
- de réduire le risque de cliquetis ;
- d'améliorer le rendement thermique.
L'éthanol possède également un effet de refroidissement interne intéressant.
Lors de son évaporation dans le conduit d'admission, il absorbe une quantité importante de chaleur, ce qui peut contribuer à diminuer la température du mélange admis.
Cet avantage explique pourquoi les carburants alcoolisés sont largement utilisés en compétition automobile depuis de nombreuses années.
Les limites du E85 sur un moteur préparé
Malgré ses avantages, le E85 impose certaines contraintes.
Les principales sont :
Une consommation supérieure
Le moteur consomme généralement :
- environ 20 à 35 % de carburant supplémentaire.
Cette augmentation est normale et directement liée au pouvoir calorifique inférieur de l'éthanol.
Une mise au point plus exigeante
Le E85 offre un potentiel important, mais il demande un réglage précis.
Un moteur performant nécessitera souvent un réglage plus fin :
- de la carburation ;
- de l'allumage ;
- de la température moteur ;
- de la stratégie de démarrage.
Une autonomie réduite
La consommation supérieure implique une diminution de l'autonomie à volume de réservoir identique.
Précautions lors d'une immobilisation prolongée
L'éthanol est hygroscopique : il absorbe naturellement l'humidité présente dans l'air.
Lorsqu'un véhicule équipé d'un carburateur Weber reste immobilisé pendant une longue période, il est recommandé de prendre certaines précautions :
- éviter de laisser du E85 stagner plusieurs mois dans le carburateur ;
- faire fonctionner le moteur régulièrement ;
- contrôler l'état des durites et joints ;
- utiliser un carburant stabilisé en cas de stockage prolongé.
Pour un véhicule de collection utilisé occasionnellement, certains propriétaires préfèrent terminer la saison avec un mélange contenant davantage d'essence avant une longue période d'immobilisation.
Exemple concret
La photo ci-dessous montre des gicleurs et un tube d'émulsion d'un Weber 32/34 DMTL après environ six mois d'immobilisation avec du carburant contenant de l'éthanol.
Au redémarrage, le moteur ne tenait plus le ralenti en raison des dépôts et de la corrosion qui obstruaient partiellement le circuit de ralenti.

On distingue clairement les résidus laissés après l'évaporation du carburant, ainsi que les traces d'oxydation provoquées par l'humidité absorbée par l'éthanol.
Les erreurs fréquentes lors d'une conversion au E85
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement :
Monter des gicleurs beaucoup trop gros
Augmenter excessivement la taille des gicleurs ne garantit pas un meilleur fonctionnement.
Un mélange trop riche entraîne :
- une perte de puissance ;
- une consommation excessive ;
- un encrassement ;
- une mauvaise réponse à l'accélérateur.
Négliger le circuit de ralenti
Un moteur peut sembler fonctionner correctement à pleine charge tout en étant désagréable à conduire si le circuit de progression n'est pas adapté.
Oublier l'allumage
Le E85 permet souvent d'optimiser l'avance, mais un réglage d'origine n'exploite pas toujours son potentiel.
Ne pas mesurer la richesse
Le réglage "à l'oreille" montre rapidement ses limites.
Une sonde lambda large bande reste l'outil le plus fiable pour valider une conversion.
Une conversion E85 réussie : la bonne méthode
La démarche recommandée est la suivante :
- Vérifier la compatibilité mécanique du carburateur et du circuit d'alimentation.
- Installer des composants compatibles avec l'éthanol si nécessaire.
- Augmenter les gicleurs principaux selon la formule de calcul.
- Adapter le circuit de ralenti et contrôler la progression.
- Vérifier les ajutages d'air et les tubes d'émulsion.
- Contrôler le niveau de cuve et le débit de carburant.
- Optimiser l'allumage.
- Effectuer les essais avec une mesure AFR.
Cette méthode permet d'obtenir un moteur fiable, agréable à utiliser et capable d'exploiter pleinement les avantages du Superéthanol E85.

